Les obligations du croyant à l'égard du Coran
8/15/2026
Parmi les plus grands bienfaits qu’Allah a accordé à l’Homme, citons le bienfait de la descente du Coran. Bien plus qu’un livre, il s’agit de la parole d’Allah, un guide pour les pieux, un chemin à suivre qui permet de sortir l’Homme des ténèbres pour l’amener vers la lumière.
« C'est le Livre au sujet duquel il n'y a aucun doute, c'est un guide pour les pieux ».[1]
Ce Coran présente à l’être humain la voie à suivre pour atteindre le bonheur dans les deux mondes.
« Certes, ce Coran guide vers ce qu'il y a de plus droit, et il annonce aux croyants qui font de bonnes œuvres qu'ils auront une grande récompense ».[2]
Il serait bien trop long de citer, de façon exhaustive, l’ensemble des mérites et des bienfaits du Coran. La littérature autour de ce sujet est abondante. Mais à titre d’exemple rappelons en quelques un, de façon brève.
Premièrement, la lecture du Livre apporte au croyant une récompense immense. Le Prophète nous apprend que "Celui qui lit une seule lettre du Coran s'inscrit une bonne action et la bonne action a dix fois son salaire. Je ne dis pas que « Alif lām, mīm » est une lettre, mais alif est une lettre, lām est une lettre et mīm est une lettre".[3]
Deuxièmement, le Coran viendra intercéder pour l’homme le jour du Jugement. Ce jour où les témoins en notre faveur seront un bien précieux, c’est le Livre d’Allah qui viendra témoigner de notre relation avec lui et intercéder en notre faveur. Ainsi, le Prophète nous ordonne : "Lisez le Coran car il viendra le jour de la résurrection comme intercesseur pour les siens." [4]
Il est, enfin, un signe de noblesse et notre relation avec lui est un critère d’estime et de valeur auprès d’Allah. Le Prophète dit un jour à ses Compagnons : " Allah a Ses intimes parmi les humains". Qui sont-Ils Ô Envoyé d'Allah ? lui demanda-t-on. " Ce sont les Gens du Coran".[5]
Le Prophète nous dit également : "On dira (le jour du jugement dernier) au lecteur assidu du Coran: "Lis et monte (les degrés du Paradis). Récite clairement comme tu le faisais dans le bas-monde. Ta place au Paradis te sera fixée au dernier verset que tu liras ».[6]
Mais chaque bienfait amène néanmoins son lot de responsabilités et de devoirs. Comprenons bien que le croyant à des obligations envers le Coran dont il doit s’acquitter.
Shaykh al-Muṭayrī les résume dans l’introduction de son ouvrage « Mabādiʾ tadabbur al-Qurʾān al-Karīm (Les grands principes de la méditation du noble Coran)».[7] Nous présenterons dans cet article ces cinq obligations que le croyant a à l’égard du Coran en tentant de les développer de façon concise.
L’écoute attentive (al-Istimāʿ)
La première des obligations du croyant envers le Coran est le fait de l’écouter. Cette écoute n’est néanmoins pas un fond sonore, un bruit ambiant mais une écoute active qui est demandée.
« Et quand on récite le Coran, prêtez-lui l'oreille attentivement et observez le silence, afin que vous obteniez la miséricorde (d'Allah). »[8]
L’ordre ici ne concerne pas une simple écoute (samʿ) mais requiert une posture attentive, concentrée (istimāʿ). Celle-ci entraîne le silence afin d’obtenir une véritable concentration et une attention à la lecture de la parole d’Allah.
Commentant ce verset, le shaykh as-Saʿdī dit : « Ceci est un ordre général à destination de quiconque écoute le Coran en train d’être récité. Il lui est demandé l’écoute attentive et le silence. Il y a une différence ici entre l’écoute et le silence. Le second (al-inṣāt) se trouve dans l’apparence et consiste à délaisser les paroles et les occupations qui nous détournent de son écoute. Quant à son écoute active (al-istimāʿ), elle consiste à l’écouter, le cœur présent et méditant ce que l’on entend.
Ces deux attitudes sont obligatoires lorsque le Coran est lu. Cela apporte un grand bien, une science abondante, une foi continue et renouvelée, une guidée croissante ainsi qu’une compréhension profonde de la religion. C’est la raison pour laquelle, Allah a lié l’obtention de la miséricorde (ar-raḥma) à ces deux attitudes envers le Coran. » [9]
La lecture (al-Qirāʾa)
Deuxième obligation : la lecture. Si le premier mot descendu du Coran est une invitation à la lecture, les versets nous enjoignant à lire le livre d’Allah sont très nombreux. En voici quelques-uns ci-dessous.
« Ceux à qui Nous avons donné le Livre, qui le récitent comme il se doit, ceux-là y croient. Et ceux qui n'y croient pas sont les perdants ». [10]
Mujāhid commente la section « le récitent comme il se doit » en disant : « en agissant selon lui. » [11]
ʿAbdallah ibn Masʿūd dit : « Par Celui qui tient mon âme dans Sa main : la récitation comme il se doit, signifie rendre autorisé ce qui est autorisé dans le Livre et rendre interdit ce qui y est interdit. L’on lit le Coran comme Allah l’a révélé et sans changer un mot ou l’intervertir de son endroit ».[12]
Allah dit : « Et récite le Coran, lentement et clairement ». [13]
Ḥasan al-Baṣrī dit à propos de ce verset : « Cela signifie récite le avec une récitation limpide et distinguée ».[14]
Allah dit : « Récitez donc ce qui [vous] est possible du Coran ». [15]
Allah dit : « et il m'a été commandé d'être du nombre des Musulmans, et de réciter le Coran » [16]
A travers ces nombreux versets, la lecture s’avère être un passage obligé du croyant dans la construction de sa foi et dans sa spiritualité. Notons que face à un abaissement général du niveau de compréhension de la langue arabe, le sens nous parait de moins en moins accessible au commun des musulmans. Cependant, même dans le cas où la personne ne comprend pas ce qu’elle lit, en aucun cas, elle ne doit faire une croix sur la lecture.
Car si, certes le sens lui est inaccessible, la baraka, la récompense, les effets sur le cœur ainsi que la vie dans le monde invisible, sont autant d’éléments présents et essentiels dans la vie du croyant qui naîtront suite à cette lecture.
La mémorisation (al-Ḥifẓh)
Troisième obligation ; la mémorisation. Allah nous dit :
« Il consiste plutôt en des versets évidents, (préservés) dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné. Et seuls les injustes renient Nos versets ». [17]
La mémorisation des versets du Coran est un outil essentiel dans la spiritualité du musulman. Avoir le Coran sur sa langue et dans son cœur est à la fois une nécessité spirituelle, une source de récompense ainsi qu’un honneur. Le cœur du croyant ne peut-être vide des paroles de son Seigneur.
Shaykh al-Muṭayrī développe : « Allah explique, en faisant ce lien, que les mémorisateurs du Coran sont ceux à qui la science a été donnée. Ce verset est un réel encouragement à la mémorisation, à l’instar du hadith « Celui dont la gorge n’abrite aucune lettre du Coran est semblable à une maison abandonnée ». Les savants sont unanimes sur le fait que mémoriser le Coran est une obligation, ne serait-ce que pour s’acquitter de la prière, tout comme ils sont unanimes sur l’obligation qu’il y est dans la umma des gens qui mémorisent le Coran. » [18]
Prenons garde à certains discours fleurissant de nos jours qui déclarent que la mémorisation du Coran n’est pas importante, qu’elle est secondaire voire tertiaire et que l’essentiel serait la compréhension du Coran. Ces discours simplistes, efficaces car déculpabilisants, nous imposeraient presque un choix entre mémorisation et compréhension, comme si ces deux choses étaient antagonistes. Affirmons sans détour que le croyant est celui qui mémorise le Coran et qui le médite, en cherchant les significations et les sens des versets mémorisés.
La méditation (at-Tadabbur)
Quatrième obligation : la méditation du Coran. Allah nous dit : « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu'ils méditent sur ses versets et que les doués d'intelligence réfléchissent ! ». [19]
Shaykh al-Muṭayrī commentant ce verset affirme : « Allah a fait que la finalité de la descente (tanzīl) soit la méditation (at-tadabbur) ».[20] Le Coran n’a pas été révélé pour être récité simplement fût-ce avec la voix la plus belle et la lecture la plus parfaite : cela n’est qu’un moyen au service d’une finalité. Cette dernière est donc énoncée dans ce verset : la méditation, at-tadabbur. C’est ainsi que le Prophète lisait le Coran.
On a rapporté à ʿĀʾisha que des hommes lisaient le Coran en une nuit une fois voire même deux. Elle dit alors : « Ceux qui l’ont lu, ne l’ont en réalité pas lu. J’étais avec le Prophète et nous veillions la nuit entière en prière. Il y lisait les sourates al-Baqara, Āl ʿImrān et an-Nisāʾ. Il s’arrêtait lors des passages suscitant la peur et invoquait Allah et cherchait refuge auprès de Lui. Et de même, il s’arrêtait lors des passages annonçant de bonnes nouvelles et invoquer Allah plein d’espoir ». [21]
L’imam aṣ-Sanʿānī commente ce hadith en disant : « Ce hadith est une preuve qui montre que le lecteur du Coran doit méditer ce qu’il lit ».[22]
Ḥasan al-Baṣrī quant à lui disait : « Certes parmi les gens qui nous ont précédés, se trouvait certains qui voyaient le Coran comme des messages venant de leur Seigneur. Ils le méditaient le soir et l’examinait avec précision le jour ». [23]
L’application (al-ʿAmal)
Dernière obligation du croyant à l’égard du Coran : sa mise en pratique à travers son application. Si la finalité de la descente est la méditation celle-ci doit imprégner le croyant au point qu’il devienne, à l’image du Prophète, un Coran qui marche. Le musulman, qui vit le Coran à travers sa lecture, devient donc un être coranique qui incarne, dans la pratique, les valeurs du Livre d’Allah.
Allah dit : « Ceux qui prêtent l'oreille à la Parole, puis suivent ce qu'elle contient de meilleur. Ce sont ceux-là qu'Allah a guidés et ce sont eux les doués d'intelligence ![24]
Le lien dans ce verset est fait entre l’écoute active du Coran et son suivi : c’est après avoir écouté attentivement la parole d’Allah que se fait l’action. Notons que la connaissance, ici incarnée par lecture du Coran, précède toujours l’action. Quelle action pieuse peut naître d’une ignorance ? De concepts mal maitrisés ? De connaissances non acquises ? L’action pieuse est engendrée par une connaissance solide, d’où l’impératif de la première obligation, la lecture. Mais celle-ci n’est pas une théorie, une simple lecture mais bel et bien un moteur pour agir.
Allah nous a donné ce bienfait du Coran afin d’agir : de nous réformer, de comprendre ce monde, de savoir comment gagner Sa satisfaction.
Le Shaykh al-Muṭayrī conclut après l’exposé de ces obligations : « Les trois premières obligations (l’écoute, la lecture, la mémorisation) sont celles les plus présentes dans la umma et cela est un bien sans égal. (…). Quant à la quatrième obligation, la méditation et à ce qui en découle à savoir la cinquième obligation, l’action, nous ne lui donnons malheureusement pas son droit, alors qu’elle représente la plus importante des obligations.
L’imam aṣ-Šuyūṭī disait : « Fais suivre la lecture d’une méditation (taddabur) et d’une compréhension profonde des sens (tafahhum) car c’est cela la finalité supérieure et le devoir le plus important. C’est à travers cela que s’ouvrent les poitrines et s’illuminent les cœurs ».[25]
[1] al-Baqara v2
[2] al-Isrāʾ, v9
[3] Rapporté par at-Tirmiḏhī
[4] Rapporté par Muslim
[5] Rapporté par an-Nasāʾī
[6] Rapporté par at-Tirmiḏhī
[7] ʿAbdalmuḥsin ibn Zabn al-Muṭayrī , Mabādiʾ tadabbur al-Qurʾān al-Karīm (Les grands principes de la méditation du noble Coran), Markaz at-tadabbur lil dirāsāt wa l istishārāt, Riyaḍ, 2017
[8] al-Aʿrāf, v204
[9] ʿAbdaraḥman ibn Nāṣir as-Saʿdī, Taysir al-Karīm ar-Raḥman fī tafsīr kalām al-Mannān
[10] al-Baqara, v121
[11] Muḥammad ibn Jarīr aṭ-Ṭabarī, Jāmiʿ al-bayān ʿan taʾwīl āyi al-Qurʾān
[12] Muḥammad ibn Jarīr aṭ-Ṭabarī, Jāmiʿ al-bayān ʿan taʾwīl āyi al-Qurʾān
[13] al-Muzammil, v4
[14] Muḥammad ibn Jarīr aṭ-Ṭabarī, Jāmiʿ al-bayān ʿan taʾwīl āyi al-Qurʾān
[15] al-Muzammil, v20
[16] an-Naml, v91-92
[17] al-ʿAnkabūt, v49
[18] ʿAbdalmuḥsin ibn Zabn al-Muṭayrī, Mabādiʾ tadabbur al-Qurʾān al-Karīm
[19] Ṣad, v29
[20] ʿAbdalmuḥsin ibn Zabn al-Muṭayrī , Mabādiʾ tadabbur al-Qurʾān al-Karīm
[21] Rapporté par Aḥmad
[22] Muḥammad ibn Ismāʿīl al-Amīr aṣ-Ṣanʿānī, Subul as-salām sharḥ bulūġh al-maram
[23] Abū Ḥāmid al-Ghazāī, Iḥyāʾ ʿulūm ad-dīn
[24] az-Zumar, v18-19
[25] Cf. ʿAbdalmuḥsin ibn Zabn al-Muṭayrī , Mabādiʾ tadabbur al-Qurʾān al-Karīm


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