Le défi du Coran

5/8/2024

Lorsque l'on évoque, les différents miracles qu'Allah a accordés au Prophète, l'on mentionne souvent des événements clés tels que l'Ascension et le Voyage nocturne (al-isrāʾ wa al-miʿrāj), l'ouverture de la poitrine ou encore le contact qu'il eut avec des éléments non vivants (pierre, tronc de palmier…).

Mais sans aucun doute, le plus grand miracle qu'Allah ait accordé à Son Prophète est le Coran. Parmi les différents aspects miraculeux du Coran, figure son côté rhétorique unique, la structure de ses versets, la profondeur de ses sens et son incroyable composition.

Si de nos jours, le caractère miraculeux du Coran est associé principalement aux nombreuses connaissances scientifiques de tous bords qu'il contient, les savants anciens ont toujours placé son aspect rhétorique au premier plan de son caractère inimitable.

C'est le cas, entre autres, d'Ibn Juzay qui, dans l'introduction de son tafsīr « at-Tas'hīl li ʿulūm at-tanzīl», évoque plusieurs de ces aspects, et parmi eux la composition et la rhétorique du Coran.[1] C'est également comme ça que certains définissaient cette particularité unique du Coran : « Il s'agit de la preuve de l'incapacité humaine à en produire un similaire ou ne serait-ce qu'une partie, dans ses termes comme dans ses sens. »[2]

Afin de convaincre les plus récalcitrants, doutant sur l'origine divine du Coran, Allah, dans Son Livre, lance un grand défi : reproduire, ne serait-ce qu'une sourate du Coran. Le défi figure dans la sourate al-Baqara :

« Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate comme lui et appelez vos témoins, que vous adorez en dehors d'Allah, si vous êtes véridiques. » [3]

Ce verset, appelant les contradicteurs à ce défi, est sans doute l'une des preuves de l'aspect inimitable du Livre ! Allah a fait descendre le Coran sur un peuple, Quraysh, maître de la langue, du verbe, de la rhétorique et Il les a mis au défi. Un défi qui, de prime abord, paraît accessible tant les arabes étaient des experts de l'éloquence. Reproduisez donc ne serait-ce qu'une sourate !

Cette proposition n'est pas une première : quelques années plus tôt à la Mecque, fut révélée la sourate Hūd où Allah lança un premier défi : produire dix sourates pour ceux qui pensent que ce Coran est une création humaine.

« Ou alors ils disent : « Il (Muḥammad) l'a forgé, (le Coran) ». Dis : « Apportez donc dix sourates semblables à celles-ci, que vous aurez vous-mêmes forgées, et appelez qui vous pourrez, hormis Allah, si vous êtes véridiques. »[4]

Ce premier défi ne trouvera personne pour le relever. Quelques années après cet appel, à Médine, sera révélé la sourate al-Baqara où Allah, devant l'impossibilité des Qurayshites à produire dix sourates, proposera d'alléger le défi en demandant désormais de n'en produire ne serait-ce qu'une seule !

Ce défi ne comporte pas de conditions particulières en termes de longueur, de nombre de versets ou de mots : amenez simplement une sourate produite de vos mains qui serait semblable au message que transmet le Prophète.

Les sourates les plus courtes du Coran ne sont composées que de trois versets. Ces maîtres du verbe et de la belle prose seraient donc incapables de reproduire trois versets ?

Revenons sur l'appel que contient le verset cité précédemment issu de la sourate al-Baqara.

Celui-ci fait partie d'une série d'injonctions adressées aux négateurs : le défi s'adresse en premier lieu aux Qurasyshites mais également à l'Humanité entière de l'instant de la Révélation jusqu'au jour dernier. Ils devront donc tenter de produire une sourate « comme lui (min mithlih) ».

ar-Rāzī explique ce segment et évoque ainsi deux cas de figure qui font apparaître deux sens différents au défi. Il dit : « Si cela (l'expression « comme lui ») se rapporte au Coran alors le verset signifie : si, comme vous le prétendez, Muḥammad a été capable de composer ce Coran, alors à votre tour apportez une sourate provenant « d'un comme lui » c'est-à-dire d'un livre dans lequel aucune affirmation ne peut être contredite, aucun argument dénigré, équivalente en éloquence et en pertinence, sans incohérences et sans mensonges.

Mais s'il se rapporte au Prophète alors le verset signifie : si comme vous le prétendez Muḥammad a été capable de composer ce Coran, alors apportez une sourate provenant « d'un comme lui » c'est-à-dire rédigée par un homme comme lui : un analphabète n'ayant jamais étudié sur son lieu de résidence, ni voyagé pour cela, ignorant tout de l'histoire des nations, des religions et des autres sciences. Comment un homme comme lui pourrait-il être capable de composer un tel ouvrage alors que vous qui êtes l'élite intellectuelle des arabes vous n'y êtes pas parvenus alors qu'on ne parle et ne parlera jamais aussi bien l'arabe que vous, à votre époque ? »[5]

Répondre à ce défi aurait décrédibilisé le Prophète détruisant son appel à cette religion. Si les Qurayshites ont rivalisé d'ingéniosité pour faire taire le Prophète et éradiquer l'Islam de la péninsule arabique (torture, diffamation, proposition…), la simple production d'une sourate aurait suffi à en finir. Elle aurait évité des batailles, des morts, des tensions, des guerres en somme deux décennies de violence. Mais il faut bien se rendre à l'évidence… Aucun humain n'a, à ce jour et ce depuis quatorze siècles, pu produire une alternative acceptable et crédible du Coran.

C'est d'ailleurs la conclusion à laquelle il arrive. « Dis : « Même si toute l'humanité et les djinns s'unissaient pour produire quelque chose de similaire à ce Coran, ils ne sauraient rien produire de semblable, même s'ils se soutenaient les uns les autres. » [6]

as-Saʿdī commente ce verset en disant : « Il s'agit d'une preuve rationnelle (dalīl ʿaqlī) de la véracité de l'Envoyé d'Allah et de la vérité de ce qu'il apporte. Comment une créature créée de terre peut-elle produire des paroles comme les paroles du Seigneur des seigneurs ? Comment le pauvre, limité de toutes parts, peut-il trouver des mots comme les paroles de l'Être parfait, qui possède une perfection absolue et une vaste richesse à tous égards ? Cela n'est pas possible et cela n'est pas non plus à la portée de l'Homme. » [7]

On pourrait nous rétorquer que l'absence de réponse satisfaisante au défi du Coran ne prouve rien. Après tout, il est courant de voir des auteurs avoir un style qui leur est propre et d'être ainsi inimitable. Est-il possible d'imiter Molière, Shakespeare ou Victor Hugo ? Rappelons qu'il y a quelques années, un collège d'universitaires est arrivé à la conclusion après des années de recherche que la trilogie Henri VI, attribuée à Shakespeare, aurait été écrite au moins en partie, par un autre auteur, à savoir Christopher Marlowe. Ce dernier aurait emprunté avec une précision profonde le style de Shakespeare bernant ainsi de nombreux experts tant la copie est similaire à l'originale. Il serait donc possible d'imiter un style aussi particulier que celui d'un des plus grands maîtres de la littérature qu'était Shakespeare.

Certains imposteurs, dans l'Histoire, ont tenté d'imiter le Coran. Le grand menteur qui se réclama prophète, Musaylama al-Kaddāb, tenta de piètre façon de convaincre les gens que lui aussi recevait une révélation divine et ce, en copiant vulgairement le Coran. Il se lança, par exemple, dans la reformulation de la sourate Kawṯar en disant avoir reçu la sourate suivante :

« Nous t'avons certes accordé les joyaux (al-jawāhir), alors priez votre Seigneur et émigrez. En effet, celui qui vous hait est un incroyant. »[8]

N'importe quel lecteur ayant le minimum de connaissance du Livre d'Allah saura débusquer cette mascarade!

Plus récemment à notre époque, certains ont tenté de produire quelques versets sur le modèle du Coran… Ces tentatives n'ont été que de pâles copiés collés sans imagination, sans profondeur et le lecteur pourra sans mal déceler le vrai du faux. Car bien sûr il ne suffit pas de coller des bouts de mots et de les mettre en forme pour répondre au défi du Coran. Produire une sourate n'est pas qu'une simple suite de lettres ou une simple construction rhétorique mais ces versets au sens si profond et à la composition si parfaite apportent à celui qui les lit apaisement et bien-être. Ces quelques mots ont un effet sur le cœur, augmentant la foi de celui qui se trouve à l'écoute. C'est ainsi que le miracle est immense : ces mots, ces phrases, produisent un effet si profond sur le lecteur indépendamment de son niveau de foi ou de connaissance de la langue arabe. Allah décrit cette sensation qui naît de l'écoute des versets du Livre :

« Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. Et ils placent leur confiance en leur Seigneur. »[9]

Le Compagnon Jubayr ibn Muṭʿim témoigne en ce sens. Il raconte avoir entendu le Prophète lire dans la prière du Maghrib la sourate aṭ-Ṭūr. A l'écoute de cette lecture si profonde, Jabir déclarera : « J'ai senti mon cœur qui a failli s'envoler ! » [10]

C'est ainsi que le miracle perdure, mettant en avant le caractère miraculeux du Coran. Un livre descendu dans le désert d'Arabie au milieu d'experts du verbe, qui a traversé quatorze siècles et rencontré tout autant de maîtres de l'éloquence, embrassé des environnements si divers et s'est adapté à chacun d'entre eux sans que personne n'ai pu répondre au défi de l'inimitabilité du Coran.

[1] Ibn Juzay, at-Tas'hīl li ʿulūm at-tanzīl

[2] ʿAbdallah ibn Yūsuf al-Judaʿy, al-Muqadimāt al-asasiya fī ʿulūm al-Qurʾān

[3] al-Baqara, v23

[4] Hūd, v13

[5] Fakẖr ad-dīn ar-Rāzī, Mafātīḥ al-ghayb

[6] al-Isrāʾ, v88

[7] Abdraḥmān ibn Nāṣir as-Saʿdīʿ, Taysīr al-Karīm ar-Raḥmān fī tafsīr kalām al-Mannān

[8] Badr ad-Dīn az-Zarkashī, al-Burhān fī ʿulūm al-Qur'ān

[9] al-Anfāl, v2

[10] Rapporté par al-Bukẖārī

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